dimanche 2 février 2014

La nuit qu'on suppose (2014)








Que voit-on quand on ne voit pas ? Qu'apprends t-on à regarder dans l'ombre ? En partant de ce  postulat, le réalisateur belge Benjamin D'Aoust nous emmène dans un voyage au coeur de la cécité. A travers le portrait de Said, d'Hedwige, de Brigitte, de Danielle et de Bertrand, Benjamin D'Aoust partage des instants intimes, des souvenirs et tranches de vies avec ceux plongés dans une nuit qu'on suppose...

Il est un genre que j'ai totalement occulté de mon blog, c'est le documentaire. Non pour des raisons de goût, mais tout simplement car j'en regarde très peu, par manque de curiosité certainement, pensant bêtement à la primauté du film sur le documentaire, grossière erreur. Pour la première réalisation de ce genre évoquée sur le blog, il fallait cependant que celle-ci ait quelque chose de spécial.

En effet, une histoire particulière me relie à ce film. J'ai travaillé dans le cadre de mes activités professionnelles avec l'une de ses protagonistes : Hedwige Goethals, peintre fortement malvoyante, une dame de 83 ans au caractère exceptionnel pour qui j'ai toujours une pensée particulière. Cette dernière fait donc partie de ce documentaire atypique ayant pour volonté de nous plonger au cœur du monde supposé de la nuit dans lequel sont plongées les personnes malvoyantes et aveugles.

Le documentaire n'a en soit aucune trame narrative, il ne veut en aucun cas raconter une histoire cousue partant d'un point A et voulant nous mener à un point Z. Benjamin d'Aoust a pris l'initiative de simplement suivre dans ce que l'on peut appeler des '' instants de vie '' 5 personnes souffrant de troubles oculaires. Cette volonté est parfaitement illustré dans l'interview de Benjamin d'Aoust qui justifie ne pas vouloir faire un film "sur" mis ''avec'' des aveugles... (>>interview<<).

Ce point de vue a le mérite de faire parler les différents protagonistes qui se livrent simplement et librement comme elles se confieraient à un de leurs proches. Cela donne lieu à des scènes et dialogues absolument inattendus : " Le fait que je sois aveugle change t'il quelque chose à votre manière de filmer ? '' peut-on entendre. Nous pouvons également entendre l'anecdote de Brigitte, racontant ses échanges avec cette taxi-woman lui supposant une vie de tristesse et de solitude liée à son handicap.

 Le réalisateur a également eut la bonne idée d'opter pour 5 personnages aux parcours bien différents ( une peintre, un danseur, un membre d'une association de sensibilisation...). Cela permet d'avoir une palette large de personnalités bien distinctes les unes des autres, ce qui permet de s'attacher rapidement à chaque protagoniste.

L'autre force du film est son parti pris évident. Celui de faire découvrir la cécité autrement que par un apitoiement sur le sort des aveugles. Le film veut et réussit à démontrer que comme l'entend le célèbre écrivain et penseur Jorge Luis Borges " Le monde de l'aveugle n'est pas la nuit qu'on suppose ". Ce propos tend à être démontré par la volonté du réalisateur de nous faire partager des instants de vie avec des personnes aveugles vivant parfaitement seules, indépendamment de l'image que la majeure partie de la société s'en fait.

Enfin, il convient également d'évoquer la mise en scène intelligente du documentaire. De nombreux gros plans sur les visages se mêlent à un flou artistique. L'image de Danielle ( à retrouver dans la galerie photos ) résume à elle seule l'esthétique du film. Des plans rapprochés qui font comprendre que la cécité est avant tout un combat intérieur. De nombreuses personnes '' sur la voie de la cécité " ont souligné ce juste parti pris du réalisateur en soulignant que devenir aveugle soulève la force d'une intériorité que d'aucun pourrait soupçonner. Ces gros plans mêlés au flou représentant la voie vers la cécité, la vue qui se trouble, la perte de repères visuels.

La nuit qu'on suppose est un documentaire à découvrir. Par la force de son sujet, la façon dont il est traité et les différents protagonistes présentés, il est là une réalisation qui doit être mise à jour. C'est d'ailleurs tout à fait logique que le documentaire soit nommé aux Magritte du Cinéma ( l'équivalent belge de nos Césars). Il nous met également face à nos propres préjugés sur la nuit des aveugles qu'on suppose.


Galerie photos : 






Pas de vidéos étant donné qu'il n'en existe pas pour le documentaire tout récent, mais je vous propose cependant une interview très intéressante d'Hedwige Goethals '' Une aveugle qui veut peindre ! ''


C'est pour qui  ? 

Pour ceux qui n'ont pas peur du noir
Pour ceux qui veulent découvrir un univers inconnu
Pour tout bon amateur de documentaire
Pour les fans d'Hedwige Goethals
et c'est certainement pas pour les nyctalopes...

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